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Les soeurs Delley de Delley                                                                                    10 août  2001


Bientôt octogénaires, Anne et Marie-Thérèse Delley, à Delley, dans la Broye fribourgeoise, sont «agriculteurs» dans l'annuaire téléphonique. Mais surtout dans l'âme et dans le sang.

Pour elles, il n'a jamais été question d'arrêter. Ni l’âge,ni la fatigue, ni les difficultés ne les ont fait abdiquer. A respectivement 78 et 73 ans, Anne et sa soeur Marie-Thérèse cultivent leurs champs, traient les vaches, élèvent des canards, récoltent fruits et légumes. Avec courage et bonheur. Certes, leur cheptel est passé récemment de neuf à quatre vaches laitières. Il fallait agrandir le creux à purin. Nous avons préféré ne pas investir, explique Marie- Thérèse, responsable du bétail. Lès deux soeurs ont également renoncé à quelques poses louées pour ne travailler que leur propriété de 17 poses... (Et un quart), précise Anne,

chef de la basse- cour et du jardin, mais aussi affectée aux tâches administratives.

Véritables pros

En véritables professionnelles, les deux soeurs sèment du blé, livré chaque année à la coopérative. Les betteraves fourragères, l'orge et le triticale sont destinés aux bêtes; les pommes de terre à leur propre usage. Le lait produit produit dans la ferme nourrit des veaux d'engraissement. Equipées de deux tracteurs et du «strict nécessaire pour ce qu'il y a à faire», elles confient désormais quelques travaux à des tiers. «Il y a bien- plus d'entraide entre paysans aujourd'hui qu'avant. C'est une bonne raison d'espérer pour l'avenir de ce métier», souligne Anne Delley.

Les tâches pénibles pour les femmes sont peut-être moins pénibles pour un homme!» sourit Marie-Thérèse, mais il nous faut bien les faire.»

Patrimoine familial

Du temps où elles menaient,les boeufs au labour jusqu'aux récentes plantations dans le verger, elles se sont enrichies d'expériences et d'un savoir-faire inestimables. Anne et Marie-Thérèse Delley travaillent sur le domaine depuis leur naissance, disent-elles. Mais elles n'en sont les exploitantes officielles que depuis 1968, au décès de leurs parents. Leurs huit frères et soeurs ont suivi des voies différentes. Mais tous sont restés profondément attachés à ce patrimoine. Les deux paysannes ont toujours pu compter sur leur aide et leurs conseils. En échange, nous sommes là pour faire profiter notre famille du travail agricole et montrer aux plus jeunes la provenance de leur nourritures.

Rendement à tout prix


Dans la mêlée pendant plus de septante ans, les deux soeurs restent perplexes devant l'évolution de l'agriculture. «On a trop cherché, le rendement et la technique à tout prix. A quoi bon ces grosses machines qui ne servent qu'à faire des dettes et à produire des surplus?» s'indigne Anne. Sa soeur renchérit: «Il y a toujours eu des hauts et des bas dans ce métier. Il faut viser le long terme, être persévérant et commencer petit, avec les moyens disponibles.»


Thérèse pose seule pour la photographie. Anne a dit non.«Et quand c'est non..."»


Volontaires et indépendantes, Anne et Marie-Thérèse avouent continuer leur travail surtout pour ne pas perdre la boule. «Notre métier, c'est notre vie. Qu'est-ce que nous ferions sinon toute la journée?» se demande Marie-Thérèse. Bien que privée de paiements directs, leur activité assure aussi un léger surplus à leur petite rente. (Avant, nous touchions une subvention pour les arbres de notre verger, parce que des oiseaux y nichent. Nous ne recevons plus rien depuis que nous avons atteint l'âge de la retraite. Mais les arbres sont toujours là. Et ils abritent toujours des oiseaux.»
 

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