 Claude Delley,
39 ans, s'est fait le promoteur, par vidéo interposée sur internet, d'un héritage de famille: la pêche professionnelle. Il prend volontiers des gens à bord de son bateau, inscrits au
préalable à son adresse e-mail pour montrer le métier et comment il se pratique.
Le départ, c'est à 4 heures et demie du matin, pour relever les filets à douze brasses de profondeur en été, soit 20 m, et en hiver entre 80 et 120 m.
Les touristes japonais ne sont pas les derniers à participer, à humer longuement l'odeur de la bondelle fumée qui s'obstine à demeurer au bout
des doigts. Claude
aimerait développer le tourisme de pêche au point de pouvoir accueillir, le temps d'une nuit ou deux et de repas de circonstance, ceux qui s'intéressent aux racines du goût comme il dit.
A Neuchâtel, à son banc de marché, il fait déguster ses filets de bondelle
fumées, lit sur les visages les expressions qui lui viennent en retour: méfiantes puis éclairées par ce goût nouveau, attentives parce que connaissant le produit et le comparant aux
autres, à la manière dont on dégusterait un vin ou un fromage, très amicales parce que bien souvent la clientèle a déjà connu le papa et la grand-maman.
Il
prend un soin d'orfèvre à dégager les filets des bondelles déjà fumées, à les mettre dans des emballages sous vide. La vente s'est envolée parce que les filets ainsi traités demeurent
onctueux et qu'ils ont été débarrassés de toute arête. Sous l’auvent de sa pêcherie, Claude fait tourner le plateau d'une table fière de sa belle menuiserie.
Elle tourne, non pas pour rameuter les âmes spirites, mais pour que les filets de bondelle et la bouteille arrivent à portée de chacun, pour un moment
gourrnand et festif. |