Dans la réserve naturelle toute proche, on se bat pour sauver des oiseaux en voie de disparition.
Pour une espèce, C'est trop tard. A Portalban, le métier de paysan n ‘existe plus. A moins d'un miracle, il ne renaîtra pas. Dans les années cinquante la commune comptait plus de vingt exploitations
agricoles. U y a dix ans il en restait six, dont trois à vocation laitière. Autrefois, à Portalban, on était d'abord paysan-pêcheur.
Des agriculteurs avaient l'autorisation de pêcher au grand filet du mois de décembre au mois de mai, se souvient André Thévoz, ancien agriculteur. Ce double métier était
pénible. Les jeunes ont préféré le travail en usine à Neuchâtel.
Une à une, les exploitations agricoles se sont
éteintes. Départs à la retraite, absence de repreneurs, peu de possibilités d'extension, normes de détention des animaux inapplicables, impossibilité d'investir: ces obstacles irréversibles ont eu raison
d'un secteur économique jadis essentiel.
Vaches et touristes
Après guerre, le tourisme a
profondément changé l'orientation du village. «Depuis 1958, nous ne menons plus pâturer les vaches. Trop compliqué, avec tout ce monde !» Les pittoresques boitons à cochons ont aussi été désaffectés. «Par
curiosité, les touristes ouvraient les portes et nous passions des soirées à courir après les porcelets», sourit André Thévoz.
Aujourd'hui, dans ce paradis lacustre, la population passe de 350 habitants en hiver à 5000 en été. Or, à Portalban, on ne récolte que quelques miettes de la grande
invasion estivale, comme dit André Thévoz.
Pour bien comprendre la situation, une explication géographique s'impose. Sur les hauts, au milieu des champs, les
deux parties supérieures des communes de Delley et Portalban forment deux entités bien distinctes. Au bord du lac en revanche, Delley- Dessous et Portalban-Dessous constituent un même village. Un
mince ruisseau sépare officiellement les deux moitiés de communes.
Les infrastructures touristiques, soit le camping et le port, sont situées sur le territoire de Delley. Une fusion des deux communes, évoquée depuis très longtemps, résoudrait donc
certaines inégalités entre les deux voisines,concernant les retombées du tourisme et le travail des surfaces agricoles. Actuellement, les terres de Portalban sont louées aux exploitants de Delley.
 A Delley-Dessous subsiste une
petite exploitation agricole accessoire. Mais sur le territoire de Portalban, il ne reste aucun agriculteur actif. Les autorités locales se sentent irnpuissantes à inverser une évolution
inexorable. «Nous déplorons cette situation, explique le syndic, Olivier Sansonnens. La vie du village a perdu quelque chose d’important. Pourtant, nos surfaces cultivables suffiraient à nourrir une
famille au moins.»
Les sentiments oscillent donc entre nostalgie et fatalisme. «C'est la nouvelle vie de la campagne, nous ne
pouvons rien changer», explique André Thévoz. «Les paysans travaillaient au village. Par leur activité quotidienne, ils en faisaient la vie et le rythme», ajoute René Martin fermier retraité. Pour
lui, la fin des paysans signifie aussi l'abandon des vergers et des jardins. Un jeune qui voudrait repartir dans l'agriculture ici doit avoir beaucoup de courage. Mais, à mon avis, c'est impossible.
Quant à André Thévoz, il a un regret: «Ce qui me manque? Une odeur du foin qu'on vient de rentrer dans les granges.» A Portalban, ce parfum des champs fait déjà partie du passé.
Charles Monney : Tout faire
pour continuer
Pour être exact il reste un
agriculteur au bord du lac. Un irréductible. Charles Monney, 40 ans, représente le genre hybride de l'espèce disparue à Portalban. Citoyen de la commune de Delley, il est d'abord employé communal depuis
1985 à plein temps. Dans sa ferme située non loin du camping, il exerce son activité agricole de manière accessoire. (C'est mon loisir, mes vacances», explique-t-il.
A ses neuf heures quotidiennes pour la commune, il ajoute en moyenne quatre heures pour ses dix bêtes à l'engrais et ses 10 hectares de
terres. Pour lui, les possibilités d'expansion sont quasi nulles. Ici, les fermes sont coincées dans le village. Nous ne pouvons pas nous étendre. Nous demandons des dérogations,
parce qui nous ne pouvons pas sortir nos bêtes, j'ai aussi le souci permanent de ne pas créer des nuisances de bruit d'odeur, de mouches pour le voisinage et les touristes,
précise-t-il |
Son exploitation agricole durera-t-elle? Ce secteur est de plus en plus difficile. Le travail de bureau
nous prend beaucoup de temps et d'énergie. Les débouchés diminuent Dans un haussement d'épaules, il ajoute : moi, je ferai tout pour continuer. Mais après...
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