Nouvelles locales                 [ 27.12.2006 ]                    

 

Les chalets de la Cariçaie ne seront pas démolis... à certaines conditions

 

Signer le contrat ou démolir. C'est l'alternative que les Gouvernements vaudois et fribourgeois proposent aux propriétaires des chalets de la réserve naturelle de la Grande Cariçaie. Quelque 220 résidences secondaires (63 sur Vaud, 163 sur Fribourg), sont concernées. Pour pouvoir rester, les propriétaires devront se plier dès la fin 2008 à un contrat nature renouvelable tous les 5 ans. Les deux cantons prévoient d'évaluer le succès de ce système et de décider ou non de son maintien au plus tard dans 25 ans.

Présenté hier à Estavayer le Lac, le projet pourrait mettre f
in à plus de 20 ans de débats.

La rive sud du lac de Neuchâtel, un enjeu de taille (pronatura.ch)En 1982, le plan directeur intercantonal de la rive sud du lac de Neuchâtel prévoyait en effet la démolition de tous ces chalets. Les cantons ont préféré couper la poire en deux. «C'est la seule solution qui soit réaliste et qui ait des avantages pour tous les intervenants», commente le conseiller d'Etat fribourgeois Beat Vonlanthen. «Ordonner la démoli tien pure et simple de tous ces bâtiments dont certains sont là depuis plus de 50 ans n'aurait pas seulement été impopulaire», ajoute son collègue vaudois Charles Louis Rochet, « c'était infaisable.»

En échange du droit de rester, les propriétaires auront des obligations nouvelles. D'abord, ils devront mettre leurs bâtiments en conformité (eaux usées, aménagements non autorisés à démolir ou légaliser, etc.) Ils devront aussi respecter des règles strictes quant à l'usage des lieux (animaux de compagnie, voiture, choix des plantes dans le jardin, etc.), et participer à la lutte contre l'érosion.

Prix doublé ou triplé

Enfin, la redevance due à l'État sera doublée, voire triplée (ex: passage de 140 à 250 fr./mois sur Fribourg). Une «part significative» de ces rentrées sera affectée à l'entretien de la réserve, promet Charles Louis Rochet. De la sorte, les cantons disposeront au total d'environ 1,6 mio de fr. par an pour entretenir la réserve (contre 1 mio actuellement). De quoi financer la reconstitution de milieux naturels (p. ex. le creusement d'un étang), la lutte contre l'érosion, mais aussi la surveillance des réserves.

Signé entre le propriétaire et l'Etat, le contrat-nature n'est pas acquis une fois pour toute. Il porte sur une durée de 5 ans, et n'est renouvelé que si le propriétaire en respecte les règles. Dans le cas contraire, les cantons peuvent ordonner la démolition du chalet et la remise en état des lieux, aux frais du propriétaire.

Pas question de vendre

Il sera interdit d'agrandir les chalets. Les seuls travaux admis concernent l'entretien courant. Les propriétaires n'auront pas non plus le droit de les louer à des tiers. Et pas question de vendre les chalets: seuls les descendants directs, les conjoints et partenaires enregistrés pourront les reprendre au décès du propriétaire.

A ce dispositif s'ajoute encore une petite spécialité côté Fribourg. Dans ce canton, la moitié environ des chalets concernés ont été bâtis dans des secteurs que le Plan directeur intercantonal destine à des aménagements publics, voire à des secteurs d'habitat. Pour régler leur cas, les communes devront élaborer des plans d'aménagement de détail qui fixeront leur sort, d'ici à juillet 2008. Dans l'intervalle, les conditions du contrat-nature leur seront appliquées.
 

LES ÉCOLOS N'EXCLUENT PAS UN RECOURS AU TA

 

«Pas acceptable!» Le WWF, l'ASPO (Association suisse pour la protection des oiseaux) et Pro Natura ne sont pas satisfaits par la solution présentée hier. Et ce pour une raison de fond. Selon les cantons, les contrats nature sont «basés sur le principe de la démolition à terme des chalets», et les contrats nature ne permettent que de «surseoir» à cette échéance, pour un temps. Mais aux yeux des écologistes, c'est tout le contraire: de fait, ces contrats assurent la pérennité des chalets, sans garantie aucune qu'ils seront démolis un jour.

Les chalets sont situés dans les sites naturels les plus précieux (à la lisière entre lacet marais), soulignent les défenseurs de la nature. Et causent des nuisances non négligeables: dérangements « conséquents» d'oiseaux «vulnérables et sensibles», introduction de plantes et d'animaux indésirables. De plus, les contrats nature signifient aussi des privilèges et une inégalité de traitement par rapport aux simples citoyens qui ne possèdent pas de chalet. Quant aux contraintes imposées par les contrats, leur application sera très difficile à vérifier, estiment ils.

Et si on déplaçait les chalets au lieu de les démolir? Pour les trois organisations, cette solution a été abandonnée sans raison valable. «Voilà des années que l'Etat se repasse la patate chaude avec ce dossier», déplore François Turrian, de l'ASPO. «Là, on repousse le problème dans 25 ans,
quand le système des contrats sera réévalué.» Pour Michel Bongard de Pro Natura, c'est tout simplement «une solution perdant perdant.»

L'automne passé, les trois organisations de défense de la nature avaient participé aux négociations autour des contrats nature. Mais faute d'arriver à un compromis, elles ont quitté la table des négociations en décembre. Les deux Conseils d'Etat ont continué à élaborer le projet seuls. Fâchés parle projet des deux cantons, ils appellent maintenant les députés «à

prendre leurs responsabilités» lorsque celui ci leur sera présenté, au printemps. Et si le projet passe la rampe, ils n'excluent pas un recours au Tribunal administratif.

Chez les propriétaires de chalets, on s'affiche plutôt satisfait de la solution des contrats nature. « Le plus difficile à nos yeux, c'est de ne pas pouvoir vendre les chalets ou les transmettre à des neveux ou autres parents», indique JeanClaude Curchod, président de l'association de propriétaires Arsud. «Les propriétaires qui n'ont pas les moyens de se mettre aux normes seront obligés de démolir.» II rappelle que les chalets ont été construits bien avant que les marais ne soient classés en réserve naturelle. II estime en outre que leur présence ne cause pas des dommages excessifs à la flore et la faune, «mais constitue au contraire une plusvalue substantielle», souligne t il. «Nous sommes fiers d'apporter notre contribution, notamment via les redevances que nous payons, à l'entretien de la réserve.» AMO
 

 

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